Le p'tit Journal de Malartic

Entrevue avec l’adjudant Marc-Yvan Drolet

En mission en Bosnie à l’Automne 1996 – Source : 5RGC – Forces Armées Canadiennes.

L’adjudant Marc-Yvan Drolet, ingénieur de combat dans les Forces canadiennes. Au sein du 5e Régiment de Génie de Combat (5 RGC)

Par Mathieu Drolet-Duguay

Il y a de ces gens qui n’attendent pas de miracle pour réaliser leurs rêves. Parmi ceux-là, il y a mon cousin Marc, pour lequel j’éprouve un immense respect. Peu importe nos opinions politiques peut-être divergentes, il appert qu’il est pour moi un modèle unique de courage, de détermination et de persévérance. À quelques 6 ans d’atteindre le statut de vétéran des Forces canadiennes, présentement localisé sur la base de Valcartier, j’ai pu m’entretenir avec celui qui m’avait gentiment accueilli chez lui, sur la base militaire, lors de mon passage à Vancouver en 2006. Entre deux appels d’urgence reçus en tant que pompier volontaire du Village de Valcartier, j’ai pu revoir sa carrière militaire en détail avec lui.

Son rôle en tant qu’adjudant et ingénieur de combat est de supporter le commandant lors de mouvements des troupes en situation de combat. En temps de paix, il apporte son soutien à la formation d’un nouveau lieutenant, étant donné sa grande expérience au sein du régiment. Il s’agit d’un poste haut-gradé qui exige un minimum d’ancienneté et de connaissances. Par contre, son poste n’a pas été toujours de tout repos, comme vous allez le constater.

Né à Malartic, fils d’Alain Drolet et de feu Rita Lanctôt, Marc Drolet était tout jeune, un passionné de l’entraînement et du conditionnement physique. Ses piètres résultats académiques combinés à ses aptitudes au niveau des sports de combat l’ont lentement poussé vers l’armée de réserve, une option très envisageable pour bien gagner son pain à l’époque pour tout jeune d’origine modeste. Rapidement, Marc tombe en amour avec son métier et s’enrôle à temps plein dans les Forces armées canadiennes. Il rencontre alors à Chilliwack, en 1994, une jolie brunette d’origine franco-finlandaise, qu’il épouse l’année suivante. Au fil du temps, au sein de l’armée canadienne et de son mariage avec une anglophone, Marc apprend à maîtriser les langues française et anglaise, tant au niveau de l’écrit que du langage. Si bien, qu’il sera en charge des recruteurs au bureau de recrutement de Vancouver pendant quelques années. Là-bas, il a aussi pu transmettre son bilinguisme à ses trois enfants, qui sont aujourd’hui voués à un très bel avenir. D’ailleurs, l’épouse de l’adjudant Drolet l’a toujours totalement supporté dans sa carrière autant que dans son rôle de père devant parfois s’absenter. Fort d’une union heureuse, il a malheureusement dû passer les 2 dernières années au chevet de son fils de 11 ans, Jakob Alexander, atteint d’une leucémie, maintenant en rémission.

Maintenant, revoyons chronologiquement le parcours de celui qui cumule plus de 19 années d’expériences au sein des Forces armées canadiennes. En 1994, il a notamment effectué sa première envolée outre-mer afin de s’interposer en tant que Casque bleu de l’ONU dans le conflit de Sarajevo, en Yougoslavie. Quatre ans plus tard, il sera appelé à participer à la résolution d’une guerre civile faisant rage en Bosnie-Herzégovine, par l’ONU. Aussi tôt que l’année suivante, en 1999-2000, il sera par deux fois du nombre des soldats déployés par l’OTAN au cours de la triste guerre du Kosovo, encore une fois dans la péninsule des Balkans, où il a été témoin des pires atrocités qu’un conflit armé peut apporter dans un pays déjà fragilisé et appauvri.  Ce ne sont là que des bribes de son curriculum vitae. Je ne sais pas quels sont les critères pour être officiellement héros de guerre, mais pour moi, l’adjudant Drolet en est un authentique. Il a parfois été exposé à d’horribles circonstances, mais il a tenu bon, droit comme un chêne, comme son père et son fils d’ailleurs. C’est cet héritage du caractère très fort, dur, modeste et humble à la fois, de l’oncle Alain, que je perçois chez lui.

En concluant, une question me brûlait les lèvres et je n’avais d’autre choix que de la lui poser, étant donné nos liens amicaux et familiaux. Comment un homme fait-il pour survivre psychologiquement à la découverte de charniers, la réception de pluies de projectiles, et devoir parfois même répliquer avec des armes très puissantes et mortelles, de carrément confronter la mort jour après jour? L’adjudant Drolet en est un de nature réservée, intelligent et pèse chaque mot. Malgré tout, il m’a confié que lorsqu’on est en zone de combat, peu d’hommes ont cette capacité de mettre leur cerveau en mode survie de telle manière que l’adrénaline qui se dégage des situations vécues est catalysée par la maîtrise de soi et la sensation du devoir et de l’honneur de représenter son pays à l’échelle internationale et d’occuper un poste critique et très concret dans le déroulement des opérations militaires sur le terrain. Évidemment, certains en reviennent traumatisés. D’autres, comme lui, deviennent plus fort mentalement année après année et c’est ce qui fait d’eux des hommes très en contrôle d’eux-mêmes, dans toutes les sphères de leur vie. Chapeau à ces hommes qui sacrifient parfois leur vie pour l’amour de leur métier, de véritables guerriers!

Nous avons de quoi être fiers de l’un des meilleurs soldats des Forces canadiennes, mais par-dessus tout, un homme généreux et bon, extraordinaire père de famille, originaire de Malartic.

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